Cinq bandes dessinées sur le handicap à dévorer cet été

Cinq bandes dessinées sur le handicap à dévorer cet été

La Possible Echappée veille par ses créations artistiques à sensibiliser l’opinion publique aux enjeux de la vie quotidienne des personnes en situation de handicap. Si tous les arts permettent de traiter de la question, l’été est l’occasion idéale pour redécouvrir le plaisir de la littérature. Pour changer du traditionnel roman de poche, la bande dessinée, longtemps considérée à tort comme un genre littéraire mineur s’impose de plus en plus pour parler du handicap avec justesse, humour et délicatesse. Pour vous accompagner pendant vos vacances, nous vous avons donc sélectionné cinq BDs traitant du handicap à glisser dans votre valise pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

1 – Un amour simple, de Bernard Grandjean, 2011 : la plus romantique

Dans des tons de bleus avec un dessin au trait lâché et simple, Bernard Grandjean raconte l’histoire d’amour de Nono et Lucy, deux résidents du centre d’hébergement des Acacias qui accueille des personnes atteintes de handicap mental. Alors que leur quotidien est rythmé par la prise de médicaments, un jour, Lucy dérobe un livre sur les océans et mers de France dans un supermarché. Devant la beauté de ces paysages qu’ils n’ont jamais vus, les amoureux décident alors de fuir pour aller voir la mer.

Avec la simplicité habituelle de son verbe, l’auteur dresse les portraits touchant et singuliers de ses deux protagonistes, allant au-delà de leur handicap et qui rêvent de voyage. Cette bande dessinée, en bichromie dominée de tons bleus, a été récompensée en 2012 par le Prix BD de la différence au Festival d’Angoulême.

2 – Le charme discret des petites roues, de Paul Samanos, 2018 : la plus drôle

Paul Samanos, né en 1968, est tétraplégique depuis l’âge de 16 ans suite à un accident de rugby. Lourdement paralysé, il mène toutefois une vie autonome et se forme au journalisme. Après plusieurs années au service de la presse, convaincu que l’humour est le meilleur moyen pour parler des sujets graves, il se lance dans la bande dessinée. Récompensé à de multiples reprises, notamment par le Prix Spécial du Jury Handi-Livres en 2010 pour son album Fauteuils en état de siège, il revient avec Le charme discret des petites roues, récompensé d’un nouveau prix au Festival Handi-Livres en 2018.

Cet album, inspiré de son propre vécu et donnant libre cours à son imagination, offre une vision originale et drôle du quotidien des personnes en fauteuil roulant qui fait du bien au moral : difficultés administratives, accessibilité des lieux publics, système D, gaffes, l’auteur s’en donne à cœur joie. S’amusant de lui-même et de sa condition, mais aussi résolument moqueur à l’égard des valides, cette BD regroupe 112 pages de gags drôles et piquants. A découvrir d’urgence.

3 – Ce n’est pas toi que j’attendais, de Fabien Toulmé, 2014 : la plus touchante

Album racontant l’histoire personnelle de l’auteur, Ce n’est pas toi que j’attendais traite de la délicate question de l’arrivée d’un enfant handicapé dans la vie d’une famille. L’auteur et sa femme Patricia découvrent à la naissance de leur seconde fille, Julia, que la petite est atteinte de trisomie 21, ce qui n’avait pas été détectée pendant la grossesse. Le choc est particulièrement rude pour les parents.

Fabien Toulmé raconte le point de vue d’un père face à ce cataclysme : l’angoisse, le dégoût, la colère, le rejet mais aussi son chemin vers l’acceptation, rien n’est caché au lecteur. Parfois avec des mots durs, mais aussi de l’autodérision et de l’humour, il réussit avec brio à aborder ce sujet encore tabou avec une sincérité éblouissante.

4 – La différence invisible, Julie Dachez et Mademoiselle Caroline, 2016 : la plus féminine

Cette bande dessinée raconte l’histoire de l’une des auteures, après avoir découvert qu’elle souffrait d’un trouble du spectre autistique. La lecture débute sans dévoiler le handicap dont souffre l’héroïne. Le lecteur est plongé avec douceur dans le monde de Marguerite : son quotidien, ses angoisses, ce qu’elle affectionne et ce qui l’irrite. Rapidement, sa différence se fait sentir, mais de quoi résulte-t-elle ? Le diagnostic finit par être posé : Marguerite est autiste asperger.

Sans tomber dans la pitié ou la tristesse, les deux auteures retracent le parcours de cette jeune femme, atteinte d’une pathologie invisible aux contours encore méconnus. Grâce à des paroles justes et des illustrations en noir et blanc ponctuées de touches de rouge intelligemment utilisées, cet album permet de changer notre regard et nos a priori sur l’autisme.

5 – Des fourmis dans les jambes, Arnaud Gautelier, 2012 :  la plus graphique

 Egalement autobiographique, cet album s’intéresse à la vie d’Alex Gaultier, 33 ans, publicitaire, heureux en mariage et papa d’une petite fille en pleine santé. Il semble avoir tout pour être heureux mais cette façade cache une réalité plus difficile à vivre : Alex est atteint de la sclérose en plaques depuis l’âge de 21 ans. L’ouvrage relate son quotidien, partagé entre visites à l’hôpital, chimiothérapies, inadaptation de la capitale au handicap et douleurs fulgurantes qui le prennent sans crier gare. Lorsque sa compagne est mutée à Nantes, Alex décide de la suivre et découvre, étonné, un monde totalement différent de celui qu’il connaissait : des gens polis, des trottoirs propres, il envisage même une nouvelle thérapie.

Par cet album, l’auteur réussit à décrire avec délicatesse et sans l’édulcorer la vie de ceux qui sont atteints de la sclérose en plaques, entre douleurs, incompréhensions, mais aussi lourdes dépenses engendrées par la maladie. Les dessins en noir et blanc renforcent le sentiment de force mentale du héros et fait de ce roman graphique une ode aux malades qui se battent au quotidien contre cette pathologie dégénérative.

Le 9ème art gagne donc à être plus considéré comme moyen de sensibiliser au handicap. Avec une grande justesse, les auteurs souvent eux-mêmes atteints du handicap dont ils parlent, réussissent à transporter le lecteur dans leur univers pour évoquer de façon poétique certaines problématiques parfois méconnues sur le handicap, sans jamais tomber dans l’excès de pathos ou la mièvrerie. Cette mission de sensibilisation est également fondamentale à La Possible Echappée. Nous portons par l’écriture et le théâtre de tels témoignages de vie, comme avec le spectacle Ils se souviennent, présenté lors du Festival Handi-Livres en 2017 au Centre Pompidou ou Zone Trouble, spectacle de sensibilisation sur la dyspraxie.  

Crédit image : Unsplash.

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