Spectacle vivant et crise sanitaire : comment s’adapter et continuer à enseigner ?

Spectacle vivant et crise sanitaire : comment s’adapter et continuer à enseigner ?

La crise sanitaire a frappé de plein fouet le secteur du spectacle vivant, rendu encore plus difficile d’accès pour les personnes en situation de handicap. Pour y faire face, La Possible Échappée s’est organisée pour continuer à proposer un enseignement artistique à distance. Comment nos intervenants ont assuré la continuité pédagogique et préservé le lien social ? Retour d’expérience.

Enseigner les arts du spectacle vivant : comment s’adapter en temps de crise sanitaire ?

Cours en visioconférence, enregistrement de vidéos, messages vocaux… Avec la crise, La Possible Échappée a dû entièrement revoir l’organisation de ses ateliers pédagogiques destinés au public en situation handicap, ne pouvant plus être assurés en présentiel. Un défi pour nos intervenants puisque les arts du spectacle vivant sont essentiellement basés sur le travail de groupe. Patricia Darif, coordinatrice des ateliers pédagogiques au sein de La Possible Échappée rappelle : “Pour nous, l’enjeu majeur était de rester en contact avec les personnes accompagnées, notamment celles en difficulté, tout en assurant un enseignement artistique en toute sécurité, le tout à distance.

Grâce aux outils numériques, certains intervenants ont assuré leurs cours à distance et gardé le lien avec les personnes accompagnées malgré la crise.

Brigitte Asselineau, chorégraphe et professeur de danse contemporaine, a réalisé des séances d’exercices auprès de résidents d’un foyer grâce à la vidéo autour de différentes thématiques simples. Marijo Rouquette, comédienne et art-thérapeute, a mené un atelier théâtre sur Zoom avec Kathy et en garde une note positive : “La reprise des ateliers à distance s’est bien passée et nous a permis d’abord de nous retrouver. Malgré les contraintes techniques, travailler à distance a révélé une certaine dynamique de groupe et a mis en lumière des personnes habituellement plus effacées qui semblaient être plus à l’aise derrière l’écran. J’en retiens une expérience enrichissante mais une telle organisation ne peut se faire sur la durée.”

La Compagnie Regards en Lignes s’est aussi vue obligée d’adapter ses répétitions. Kathy Mépuis, directrice artistique de La Possible Échappée, a maintenu le lien avec les danseurs par un accompagnement individuel régulier tout en continuant les répétitions à distance, sous une toute autre forme. Des chorégraphies qui ont révélé un univers propre à chacun, tout aussi inventifs les uns que les autres. Malgré les contraintes d’espace et de temps, chacun a su brillamment adapter sa créativité !

Afin de faire face à la crise et d’assurer une continuité pédagogique, nous avons privilégié l’approfondissement des connaissances et la révision de pratiques à travers des exercices simplifiés plutôt que l’introduction de nouvelles pratiques. Un travail de longue haleine qui a permis à chacun de stimuler son imagination et faire preuve de créativité sous l’œil avisé de Kathy et des intervenants.

Le spectacle vivant à distance : une réponse créative et solidaire face à la crise

Des contraintes naissent la créativité. Il a fallu inventer de nouveaux exercices qui sortaient de l’ordinaire, apprendre à jouer avec les parties visibles du corps à l’écran. Cela nous a permis de confirmer que la créativité n’a pas de domicile et que les arts du spectacle vivant peuvent se pratiquer aussi bien seul qu’à plusieurs. Nous avons créé différemment et mis à l’épreuve nos talents. L’enfermement a nourrit nos imaginaires.

Enseigner à distance, c’est aussi impliquer pleinement les familles et les établissements dans la vie artistique des personnes. C’est par exemple le cas de Hédi, danseur au sein de la Compagnie Regards en Lignes et résident d’un foyer, dont un éducateur spécialisé s’est proposé pour le filmer et le suivre dans sa pratique artistique.

Cette crise sanitaire a contribué à renforcer les liens avec les proches et La Possible Échappée. Un enjeu important durant cette période d’isolement importante, notamment pour les personnes n’ayant pas pu rejoindre leurs familles.

Les artistes de la compagnie de danse Regards en Lignes ont imaginé de nouvelles créations pendant le confinement : « Histoires Dansées ».

Spectacle vivant : sortir de la crise et s’adapter aux contraintes du déconfinement

Enseigner les arts du spectacle vivant à des personnes en situation de handicap en période de crise sanitaire demande du temps, de l’anticipation et impose diverses contraintes techniques et spatio-temporelles : une telle organisation n’est possible que sur le court terme.

Avec le déconfinement, certains ateliers pédagogiques ont repris en présentiel dans le respect des mesures sanitaires. Port d’une surblouse, masque ou visière, désinfection des objets médiateurs, respect de la distanciation sociale… Des consignes nécessaires mais de nouvelles contraintes pour s’exprimer librement. Alors on s’adapte. Les ateliers pédagogiques ont été dédoublés pour réduire les effectifs et raccourcis pour respecter les plannings. Certains ont été proposés en plein air. Plus d’objets médiateurs, plus de contact physique. Des séances supplémentaires ont également été proposées en juillet, alors que l’activité est normalement en pause l’été. Dans certains établissements, les effectifs des ateliers ne sont pas encore complets.

Muriel Etcheber, art-thérapeute, intervenante à La Possible Échappée, nous fait part de son ressenti : “Reprendre les ateliers, c’était comme retrouver une saveur d’antan ! Le protocole sanitaire impose des consignes parfois difficiles à appliquer lorsque l’on enseigne un art vivant, mais cela nous permet de travailler notre créativité. Thibault, souvent en retrait, m’a semblé plus audacieux dans ses gestes, peut-être dû au fait que le groupe était moins nombreux. C’était intéressant mais nous avons tous hâte de reprendre une activité normale.

Nicolas Mège, comédien et metteur en scène et intervenant théâtre à La Possible Échappée, construit depuis des années son travail théâtral sur la présence du corps. Pour lui, l’expérience n’a pas été très positive : “Je dois avouer que la situation a été très compliquée. Lors du confinement, je n’imaginais pas concevoir un projet théâtral derrière un écran et l’ESAT où je travaille était très occupé donc mes propositions d’exercices n’ont pas réellement abouti. Avec le déconfinement, j’ai repris mon activité au sein d’un CAJ où je n’avais réalisé qu’un ou deux ateliers. Le lien a donc été rapidement brisé durant ces 2 mois, c’est comme si nous repartions de zéro aujourd’hui.” 

Alors que l’accès aux professions du spectacle vivant est déjà rendu difficile pour le public en situation de handicap, cette crise sanitaire qui a frappé de plein fouet le secteur culturel n’arrange pas la situation. C’est pourquoi La Possible Échappée s’est mobilisée pour continuer à enseigner une pratique artistique inclusive à distance.

Aujourd’hui, La Possible Échappée prépare sa rentrée et de beaux projets sont à venir, dont certains mis en suspens pourront reprendre. Les ateliers pédagogiques destinés aux enfants notamment dans les IME reprendront à la rentrée, en fonction de l’évolution de la situation. Nous espérons pouvoir de nouveau assurer les ateliers destinés aux adultes à un rythme normal avec un effectif au complet. La Compagnie Regards en Lignes souhaite également reprendre les répétitions et voir enfin naître ses prochaines créations artistiques et spectacles.

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